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Janine KUNTZELMANN-FREUND, peintre

6 min de lecture

C’est de sa petite voix douce que Janine me trace son parcours d’artiste. «Pourquoi moi ?», me demande-t-elle, «Tu sais, je n’ai pas fait grand-chose». Pourtant, au fil de l’après-midi, elle dévoile un riche parcours artistique de l’École des Beaux Arts à la dernière exposition au Salon National des Beaux-Arts au Carrousel du Louvre, de ses premiers croquis au crayon à la beauté et à la grâce de ses oiseaux.

La passion d’un Père

Janine Kuntzelmann-Freund est née le 17 juin 1948 à Hégenheim. Son père Georges Freund est coiffeur à Hégenheim et sa maman, femme au foyer, élève leurs quatre enfants Janine, l’aînée, Michel, René, et Serge.

Toute petite, son père lui communique la passion du dessin. Souvent il s’amuse le soir à faire le portrait de ses enfants. Janine, prise par le jeu, commence également à dessiner. À l’ école communale, Soeur Paul qui a le goût du dessin et de la peinture, la soutient et l’encourage. Monsieur Evrard, directeur de l’école des garçons et ami de son père, lui conseille de s’inscrire aux cours du jeudi aux Beaux-Arts à Mulhouse, de treize à quatorze ans. Après son certificat d’études, ses talents artistiques lui permettent d’entrer aux Beaux-Arts. À quatorze ans, elle est parmi les plus jeunes élèves. Elle est, bien sûr, très intimidée. Pour acquérir plus de maturité et d’expérience, l’École des Beaux-Arts l’oriente, après une année de formation de base, vers la section Textile. Elle dessine des motifs qui vont être imprimés sur les étoffes. Le procédé consiste à mettre en espace les motifs sur la trame du tissu, à proposer des coloris (gammes) pour les différents usages du tissu: nappes, tabliers, rideaux…. Une partie des cours est plus classique: dessin de nus, plâtres, décoration mais aussi la calligraphie. Elle obtient son CAP textile au bout de deux ans. De ces trois années, elle garde un goût pour les couleurs, la mise en espace très recherchée de ses sujets, Elle se souvient aussi de deux de ses professeurs Léon Lang et Joseph Brenner qui l’ont encouragée à persévérer dans la création artistique.

Les années sans

Après ses années «textile», Janine continue dans la publicité mais, en cours d’ année, elle accepte la proposition de l’entreprise Société Anonyme de l’Industrie Cotonnière qui recrutait une dessinatrice textile. Elle quitte à regret les Beaux-Arts et son espoir de passer son CAFAS. Elle reste plus de deux ans dans cette entreprise avant de trouver un emploi dans l’atelier graphique de la société Stoffel à Saint-Louis. Sa principale activité est la création de badges, logos, étiquettes aussi bien pour les entreprises que pour des événements culturels comme le carnaval. Janine s’investit également dans la technique des dessins-clichés. Malheureusement les impératifs commerciaux ne font pas appel à la créativité artistique de Janine, rendant ainsi son travail peu attrayant. Pendant cette période elle se marie à Sylvain Kuntzelmann et va habiter à Hésingue. Après quelques années, elle quitte Stoffel et essaie de trouver un emploi dans un atelier graphique à Bâle tout en s’occupant de son premier enfant Stéphanie. Après quelques refus, elle abandonne cette filière ainsi que le dessin. Elle est employée de façon temporaire dans plusieurs secteurs industriels avant de quitter définitivement le monde du travail à la naissance de sa deuxième fille Elise. C’est son frère Michel qui, au cours d’une discussion, va lui rendre l’envie et le courage de recommencer à dessiner.

Cyrano, source d’inspiration

Le déclic viendra après avoir vu Cyrano de Bergerac au Théâtre Mogador à Paris qui l’inspire et lui donne l’énergie nécessaire pour dessiner une remarquable série d’encre. Elle commence aussi à exposer en 1989. Le CIAL à Mulhouse lui donne sa première chance et le public lui réserve un accueil très chaleureux et enthousiaste «Pour sa première exposition, Janine Kuntzelmann présente des peintures où l’aquarelle, la gouache et l’encre se marient dans des tons très pastel dont le sujet principal est l’oiseau. Une peinture poétique donc, presque intimiste comme ce bocal de fruits jaunes mais qui à l’occasion se fait aussi illustratrice comme dans ces tableaux inspirés de Cyrano de Bergerac L’Alsace.

De Cultur’ Art à Paris

Début des années 90, Saint-Louis l’accueille dans le cadre de «Cultur’ Art» (1992) et Janine remporte le grand prix du jury; Elle est choisie parmi plus de 80 artistes venus d’Allemagne, de Suisse et de tout le département du Haut-Rhin. À nouveau Saint-Louis, en 1993, à la Galerie, les DNA ne tarissent pas d’éloges sur la nouvelle facette de l’oeuvre de Janine «Son exposition sobrement baptisée Aquarelles a été la bonne surprise de la soirée. Ses oeuvres colorées et ses volumes évoquent des mondes où l’imagination peut divaguer à souhait. Du bout de son pinceau, elle nous entraîne dans le tourbillon de ses visions et nous tient en haleine jusqu’au dernier tableau. Découvrez, Janine Kuntzelmann-Freund et… vibrez». En 1995, un grand groupe chimique CIBA accueille ses oeuvres à Bâle. Entre les expositions, elle crée encore des logos ou des affiches, comme pour la salle de gymnastique de son frère à Saint-Louis. Elle expose aussi à Strasbourg pour un organisme de santé puis à Hégenheim lors des trois éditions du «Salon des Artistes>> où de nombreux habitants découvrent pour la première fois les oeuvres de Janine, souvent avec étonnement puis admiration devant tant de maturité artistique et de talent. Elle participe en 2000 aux rencontres nationales de femmes peintres et sculpteurs à Hérimoncourt avec quinze autres artistes venues de toute la France. Le catalogue de l’exposition décrit ses créations de la façon suivante Ses oeuvres colorées et ses volumes évoquent des mondes où l’imagination peut divaguer à souhait.

Elle participe cette année, en juin, à une exposition internationale d’artistes au Louvre organisée par le salon National des Beaux-Arts.

Une perle

À travers ses expositions, ce n’est pas seulement une artiste sensible, intimiste que l’on découvre, mais aussi une personne qui maîtrise aussi bien la gouache que les encres ou encore les crayons gras.

Sensible aux couleurs, à la mise en espace de ses créations, elle est capable de laisser certaines toiles pendant des mois dans des cartons jusqu’au moment où elle trouve l’harmonie voulue. Reconnue par le public aussi bien que par ses pairs, Janine est devenue une des références artistiques de notre région. Malgré ou peut-être grâce à sa timidité, ses doutes, elle a su progresser, créer des toiles qui reflètent toute sa sensibilité, sa sensualité mais aussi une grande force de caractère, une énergie débordante et créatrice. Ne vous y trompez pas, Janine est une artiste à part entière qui mérite d’être découverte au-delà de notre région. Profitez de ses prochaines expositions pour découvrir ou redécouvrir cette perle rare.