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Hégenheim sous la monarchie de Juillet

28 min de lecture

Introduction #

Il est rare de trouver un document manuscrit de notre village en dehors des archives municipales ou dĂ©partementales. Cependant certaines de nos archives ont voyagĂ© vers Paris et c’est chez un libraire du quartier latin que j’ai pu acquĂ©rir deux cahiers qui contiennent quelques notes inĂ©dites des annĂ©es 1830 Ă  1836 et un carnet d’appel de la garde nationale – premiĂšre compagnie.

Contexte #

La monarchie de Juillet est le rĂ©gime politique de la France concernĂ© par les cahiers. InstaurĂ©e le 9 aoĂ»t 1830, elle succĂšde Ă  la Restauration. La branche cadette des Bourbons, la maison d’OrlĂ©ans, accĂšde alors au pouvoir avec  Louis-Philippe Ier.

Deux dates Ă  retenir:

  • En 1834, le canal du RhĂŽne au Rhin est achevĂ© ouvrant une liaison vers le sud de la France.
  • Le 30 octobre 1836, le prince Louis-NapolĂ©on Ă©choue Ă  soulever le 4e rĂ©giment d’artillerie en garnison Ă  Strasbourg, il sera exilĂ©.

L’ouvrage de Claude Muller retrace ces annĂ©es dans une remarquable Ă©tude : « L’Alsace sous la monarchie de Juillet 1830-1848 » parue en 2018. Le premier cahier commence avec l’annonce de l’accession au pouvoir de Louis Philippe Ier.

L’auteur #

Greder Jean-Baptiste né le 15 juin 1888 et décédé le 22 avril 1903

1er Cahier #

Début août 1830 #

On afficha d’abord des proclamations qui n’annonçaient que des bonnes choses et suscitĂšrent chez de nombreuses personnes spĂ©cialement chez les « juifs » une grande joie1. De nombreux mensonges furent rĂ©pandus par les journaux mensongers et moqueurs de Mulhouse sur les causes de la RĂ©volution. Ils prophĂ©tisaient du cafĂ© et du sucre bon marchĂ© et moins d’impĂŽts.
Jean à Jacques : regarde la maison de garde est couverte de tracts, on dirait des tapisseries.
Jacques Ă  Jean : Ils sont pleins de bonnes choses qui nous feraient presque pleurer. Vive la libertĂ©, l’égalitĂ©. Pommes de terre sautĂ©es et cafĂ©.

Au courant du mĂȘme mois se rĂ©pandit une rumeur disant que des bandes de voleurs composĂ©s d’ouvriers de fabrique se formaient. Les « juifs » crurent qu’ils s’en prendraient spĂ©cialement Ă  eux, eurent peur, transfĂ©rĂšrent leurs meilleures affaires, certains mĂȘme leurs Ă©pouses, en Suisse. Leur crainte s’amplifia lorsqu’au cours d’une nuit le bruit courut que le garde forestier a repĂ©rĂ© une telle bande dans la forĂȘt. Ils partirent Ă  Allschwil avec femmes et enfants.
L’adjoint envoya dans la nuit par son garde une notice Ă©crite au maire dĂ©clarant qu’il dĂ©missionnait et qu’il ne voulait plus rien avoir Ă  faire.

Encore une nouvelle #

Seligmann a galopĂ© avec son lit vers le moulin. Il l’a cachĂ© sous l’ivraie. On ne sait pas ce qu’il a encore fait. Environ 3 semaines aprĂšs la « peur des juifs », un dimanche matin, on accrocha un drapeau tricolore, aux couleurs incertaines, sur la mairie sous le tonnerre des canons ou mieux dit des « tĂȘtes de chat ». Tout cela sans ordre d’en haut, tout sur l’injonction de l’adjoint qui ne veut plus s’occuper de rien.

Les canons «Katzenköpfe». Photo Heimatmuseum Görwihl

A la mĂȘme Ă©poque la garde nationale fut instaurĂ©e sur ordre du sous-prĂ©fet2. Plus tard le maire fut dĂ©mis3, plus tard Ă©galement les plus anciens du conseil municipal parce qu’ils Ă©taient trop vieux pour la toute nouvelle libertĂ©. L’adjoint Girard4 devint maire. Firent parti du conseil municipal.

  • les anciens StĂ©phane Mislin, Georges Jaeck, Jean Ulrich Frisch
  • les nouveaux Georges Walther, Zimberlin, Jacques Jaeger menuisier, Joseph Dreyer, François Joseph Naas, Jacques Riedinger, Georges Baschung, Nicolas Brunner, StĂ©phane Spenlihauer.

Les chefs de la garde nationale ont Ă©tĂ© nommĂ©s. Aux 2 capitaines Meyer Hinzieger de la 1re compagnie, Joseph Ulrich Frisch de la 2Ăš compagnie et Ă  Monsieur le nouveau maire on planta des arbres de mai. Les « poseurs de mai » dirent Ă  monsieur votre serviteur donnez-nous Ă  boire. Les dimanches suivants on fit des manƓuvres. Un dimanche aprĂšs les vĂȘpres le forestier Poil apprit Ă  la garde nationale Ă  marcher. Pour bien les observer il marcha Ă  reculons et cria soit gauche droite, soit en avant. En criant en avant il tomba en arriĂšre sur un petit fossĂ© les pieds en l’air, au regret gĂ©nĂ©ral on rit de tout cƓur. Poil «  Pour toi ne ris pas quand je tombe dans le fossĂ© pour moi ça ne fait pas mal Ă  aucun des 2 pieds.»

L’aprĂšs-midi du premier dimanche de septembre tous les gardes nationaux de 18 Ă  40 ans durent se rendre Ă  Huningue les mains vides et se poster autour de la place et Ă©couter comment le notaire de Huningue leur tint un discours et leur recommanda obĂ©issance envers leurs chefs. Un dimanche suivant les chefs durent aller Ă  Huningue pour Ă©lire un tribunal de guerre et un conseil de discipline. On envoya des fusils qui furent entreposĂ©s Ă  la mairie. Un jour on voulut faire une parade au dĂ©putĂ© de Reinach ; le temps ne le permit pas ; de ce fait un contre ordre fut envoyĂ© aux communes. Sans tenir compte du mauvais temps ceux de Hagenthal passĂšrent par le village avec armes et musique pour se rendre Ă  Huningue ; car on aime bien entendre partout les tambours et les trompettes, mĂȘme par mauvais temps. Un dimanche on fit de grandes manƓuvres sur la route nationale aprĂšs HĂ©singue. 

Année 1831 #

En janvier les gardes nationaux devaient monter la garde sans poudre ni plomb à cause de la guerre bñloise5. S’ils viennent nous rentrons.

Quand les rebelles eurent perdu la guerre ils se retrouvĂšrent chez Georges Walter. Les chefs leur lurent une lettre du prĂ©fet aux gardes nationales dans laquelle il veut dire sa satisfaction pour leur grand courage pendant l’isolement Ă  cause de la guerre bĂąloise.

En fĂ©vrier un dimanche matin on annonça Ă  la commune qu’il ne devait y avoir aucune fĂȘte mis Ă  part Ă  l’Ascension, l’Assomption, la Toussaint et Ă  NoĂ«l. Le dernier jour de fĂ©vrier les gardes nationaux furent rĂ©unis dans une grange Ă  cause du mauvais temps oĂč le maire Girard fit remarquer l’importance de l’uniforme Ă  cause de quelques menaces. Il leur dit qu’on devait porter l’uniforme comme dans d’autres communes dans lesquelles tous avaient dĂ©jĂ  un uniforme. Il s’échauffa encore plus en parlant avec vĂ©hĂ©mence. « C’est une honte et une moquerie que ceux qui pourraient le mieux soient les premiers Ă  ne pas le vouloir. » Pendant les semaines on fit environ 40 uniformes pour ceux qui se sont engagĂ©s Ă  en payer une partie. Le tout fut nĂ©anmoins facturĂ© Ă  la commune et se monta Ă  3000 F.
Le dimanche suivant eut lieu une grande revue d’armes Ă  Huningue. Le prĂ©fet traversa les rangs et donna du courage par son sourire aux hommes en uniformes et aux autres. Contrairement Ă  ce qu’a dit M Girard tous n’étaient pas en uniforme dans les autres villages, seulement ceux de St-Louis, Blotzheim, Huningue et HĂ©genheim. Les dimanches suivants on s’exerça de nouveau. Un jour, le capitaine se disputa avec Schickler Schmid, un jour le capitaine Meyer annonça sĂ©vĂšrement que les absents devaient payer leur contravention sans quoi on les enfermerait Ă  Altkirch. (C’était pour l’argent qu’ils prenaient mais ne rendaient aucun compte en Ă©change.)
Le jour de PĂąques les hommes en uniformes paradĂšrent dans l’église ; de mĂȘme le jour de la FĂȘte Dieu.
Le 1er mai, fĂȘte du roi, une grande parade Ă  l’église ; le repas des responsables chez Walter le vieux ; ils se battirent ensuite dans la rue ; et les gardes nationaux se frappĂšrent jusqu’au sang.

Un dimanche matin, vers 9H les chefs se rendirent à St-Louis pour jurer sur l’ordre d’Alexandre Freund.
Les chefs sont de nouveau nommés. Quelques semaines plus tard les responsables de la commune.
Comme maire M Girard notaire, Adjoint Jean Ulrich Frisch : Conseil municipal ; Christophe Misslin, Georges JĂ€ck, Nicolas Brunner berger, Jean Heinimann, Bernard le frĂšre de Jean « Schneidersimmeli », Georges Walter aubergiste au Lion, Zimberlin Huissier6, StĂ©phane Spenlihauer boucher, Jacques Riedinger aubergiste Ă  l’Ours, Joseph Riedlin, Georges Baschung, Jean Jaeck meunier, Christoph Jetzer, aubergiste, François Joseph Naas.

Le 26 juillet on cĂ©lĂ©bra la fĂȘte de la RĂ©volution. Comme seulement 2 femmes la suivirent pour la quĂȘte, le maire se mit dans une terrible colĂšre et envoya les gardes dans les champs pour renvoyer les coupeurs Ă  la maison et menacer les personnes qui n’obĂ©iraient pas avec une interdiction de paille.

En automne il y eut 2 crues telles que l’eau pĂ©nĂ©tra dans les maisons et coula pardessus le bord le plus Ă©levĂ© de la riviĂšre7.
Fin septembre une compagnie de soldats installa son cantonnement. En décembre Balthasar Jaeger fut enterré avec parade.
Un dimanche les chefs des gardes nationales manquants furent nommés : capitaine Meyer comme commandant du bataillon, Sergent Schneider le « Simmeli » capitaine du 2e, Georges Walter capitaine du 1er.
Le dimanche suivant, sur la place, le commandant Meyer fut prĂ©sentĂ© au bataillon par le sous-prĂ©fet sous le tonnerre des « tĂȘtes de chat ». En font partie HĂ©genheim, Buschwiller, Wentzwiller, Hagenthal, Leymen, Liebenzwiller et Neuwiller.

1832 #

Le 8 fĂ©vrier arrivĂ©e de monsieur le curĂ© Siedel8. Messieurs Girard et Georges Walter tinrent des discours pour le bien des Ă©coliers : pendant le discours qui devait ĂȘtre trĂšs spirituel, l’instituteur fut gĂȘnĂ© de devoir demander au curĂ© de quoi il s’agissait. 

Le 26, dimanche aprùs-midi, revue d’armes sur la place.

Le dimanche 4 mai plusieurs jeunes filles de la confrérie se rebellÚrent. La meneuse était Madeleine Ettlin.
Grand bruit Ă  cause des soldats de madame Girard.

Dimanche 1er avril, Ă  4H, rĂ©union du conseil municipal, on Ă©lit un nouveau garde champĂȘtre Ă  savoir Jean Schmid et le conseil de discipline dut prĂȘter serment.

Vendredi saint les gardes nationaux absents furent convoquĂ©s par Ă©crit par un gendarme et le garde champĂȘtre Ă  la mairie le 23 de ce mois pour passer devant le conseil de discipline.

Le jour de PĂąques parade Ă  l’église.

Lundi de PĂąques, le 23 du mois, eut lieu le conseil de discipline. Monsieur Meyer, le commandant comme prĂ©sident, Monsieur Walter capitaine rapporteur, Monsieur Zimeberlin greffier, Lang de Hagenthal l’aĂźnĂ© du conseil, Lieutenant Schmid « Webermartis » serrurier, Schmid « Jörglins » tailleur, Joseph Brunner paysan, Jean Schmid garde champĂȘtre, sergent Jean Ulrich Schmid « Jörglins » ; leur sentence d’aprĂšs la loi, comme leur expliqua Monsieur Meyer, fut pour une 1re absence un avertissement avec lequel les conseillers furent d’accord avec un, oui monsieur !
Mrs Meyer et Zimberlin en uniforme, les autres pas ; Monsieur Meyer leur rappela qu’une prochaine fois il devrait au moins emprunter une veste de la garde nationale pour siĂ©ger au conseil de discipline. Une fois, rĂ©union du conseil Ă  cause du cholĂ©ra.

Le 29 avril le jour de Quasimodo, pendant les vĂȘpres, il y eut une rencontre des gardes nationaux du canton prĂšs des retranchements , Ă  laquelle le sous-prĂ©fet avec d’autres supĂ©rieurs de la garde nationale participĂšrent, ceux-ci rassemblĂšrent les officiers et sous-officiers autour d’eux, ils leur ont chaudement recommandĂ© d’ĂȘtre fidĂšles au roi et Ă  la patrie, et comme on dit, ont prĂȘtĂ© serment sous le drapeau. En conclusion on entendit un « Vive le Roi ». Puis chacun retourna Ă  son poste suite Ă  quoi le sous-prĂ©fet et les autres passĂšrent les troupes en revue, pendant cette comĂ©die les gendarmes patrouillĂšrent de long en large comme si on ne faisait pas confiance Ă  la garde nationale.
ExtrĂȘmement Ă©trange fut le tambour de Wentzwiller avec son uniforme d’ordonnance, c’est-Ă -dire une longue veste en coutil doublĂ© avec du « erlig », un chapeau cirĂ© et un grand tambour noir horriblement illuminĂ©.

Dimanche le 6 mai, Ă  6H30 du matin exercice. A 1H de l’aprĂšs-midi deux de Buschwiller condamnĂ©s par le conseil de discipline l’un Ă  6H l’autre Ă  12H d’emprisonnement.

Dimanche le 13, pendant les vĂȘpres,grandes manƓuvres derriĂšre le « Stocket », ceux de Leymen et de Liebenswiller Ă©taient absents.
La musique de Hagenthal était également là. Cela fatigua les gardes nationaux.

Dimanche 20 Ă  1H, conseil de discipline. Furent aussi prĂ©sents les capitaines Schneider « Simmelin » et « Beck Jobi » car le capitaine de Leymen Ă©tait jugĂ©. Il est accusĂ© par le commandant Meyer, parce qu’il a dĂ©jĂ  manquĂ© sept fois sans avoir envoyĂ© de rapport et le 13 il Ă©tait absent avec sa compagnie aux manƓuvres du « Stocket ». Il rĂ©pondit qu’ils n’avaient pas reçus d’ordres Ă©crits, car ses hommes ne rĂ©agissaient plus aux ordres verbaux parce que les capitaines prĂ©cĂ©dents leur avaient souvent menti ; il ne voulait pas qu’on lui brise les fenĂȘtres, bref on devait lui envoyer des ordres Ă©crits et des lois pour qu’ils puissent les suivre.
Le commandant Meyer rĂ©torqua qu’il n’était pas nĂ©cessaire de lui envoyer quelque chose par Ă©crit et que les lois devaient se trouver Ă  la mairie.
Le capitaine de Leymen rĂ©pondit qu’il n’en avait pas en sa possession et de toute façon il lui avait dĂ©clarĂ© qu’il dĂ©missionnait de sa fonction.
Le commandant : une dĂ©mission verbale ne vaut rien, elle doit ĂȘtre Ă©crite. En se tournant vers les membres : « Messieurs qu’en pensez-vous ? je le trouve condamnable ».
Le capitaine « Schneidersimmeli » devra donner cinq Thaler car la compagnie a besoin d’argent. Commandant on n’a pas le droit. Finalement il fut condamnĂ© Ă  12H d’arrĂȘt. A l’un, on ordonna de rompre sans l’avoir auditionnĂ© entiĂšrement alors qu’il aurait eu suffisamment de raisons pour ĂȘtre acquittĂ©. AprĂšs son dĂ©part le capitaine Walter donna son avis pour 6H au capitaine Lang de Hagenthal et les autres pour 3H de prison.

Dimanche 27, le matin Ă  6H, revue des fusils.
Comme rajout au thĂšme ci-dessus, c’était un chrĂ©tien.
Un juif d’Hagenthal qui avait manquĂ© 2 fois fut acquittĂ© parce qu’il avait une profession. Le commandant Meyer dit que ceux qui ne pouvaient pas participer aux exercices n’avaient qu’à s’engager.

Le 3 juin dimanche matin Ă  6H, pendant l’exercice, le maire annonça que personne ne pouvait engager quelqu’un Ă  sa place. Et les engagĂ©s furent renvoyĂ©s Ă  la maison avec ce dĂ©cret.

Le 17, dimanche de la TrinitĂ©, on pria, sous la forme de 40 heures d’adoration, Ă  cause du cholĂ©ra. Les garçons et les hommes avaient leur heure aprĂšs les vĂȘpres. Alors, sur ordre du commandant, les gardes nationaux durent se rendre au « Stocket » pour faire des manoeuvres avec tout le bataillon comme suit : on fit une halte derriĂšre le « Stocket » sur un champ. On fit l’appel, puis arrivĂšrent ceux de Wentzwiller, de Buschwiller, d’Hagenthal-le-Bas et le-Haut, de Neuwiller et de Leymen. Ceux de Liebenswiller Ă©taient encore absents. Alors on entendit plusieurs fois «portez-armes », « armes bras », « reposez-armes ». Mais d’un coup on entendit : « Formez le carré ».
(un mot dur pour nos officiers). Maintenant un vieux sergent de la troupe de ligne s’avança en trottinant et ordonna par ci, par là ; Ici un maĂźtre respectĂ© par lĂ  dit-il, lĂ -bas un autre cria «Regardez Ă  gauche », puis « Jacques pas si vite » et « Jean va tout droit » ; les juifs criĂšrent « Qui me pousse ?, je ne supporte pas du tout qu’on me pousse » et puis le commandant cria avec une voix allemande sĂ©rieuse « silence, silence ». « Ne pouvez-vous pas faire silence ?  alors les sergents, un peu de silence, les gamins. » Heureusement notre vieux sergent 
..

FĂȘte de la RĂ©volution #

Messe pour les dĂ©funts avec parade de soldats dans l’église.

Dimanche 29, le matin, revue des fusils, Ă  l’église parade avec les gardes nationaux et des soldats.

Le 17 août funérailles de Joseph Starck avec parade.

Dimanche 2 septembre, la kilbe fut louĂ©e au plus offrant par monsieur l’adjoint. Ce fut le jeune aubergiste Jacques Riedinger9 pour 36 F.

Dimanche 9 septembre eut lieu la grande fĂȘte populaire ou kilbe ; comme c’était la fĂȘte de Marie on fit une procession aprĂšs les vĂȘpres, prĂšs de la place du marchĂ© il y avait plein de monde, Comment peut-on dire ? Des curieux qui ouvraient bouche et oreilles pour regarder la procession sans montrer un seul signe de chrĂ©tienté : on ne peut pas leur en vouloir, car c’était presque que des gens d’Allschwil.

Le 16 dimanche d’aprùs kilbe on tint de nouveau de grandes revues au petit retranchement par monsieur Schulz meunier de Blotzheim comme cornet avec un long plumeau bleu, blanc, rouge.

Des canonniers Ă  cheval et Ă  pieds de Huningue apparurent. Des hommes en uniforme avec des plumeaux en laine rouge de 2 chaussures de haut. De St-Louis les voltigeurs nationaux, bref tous les trois bataillons du canton mis Ă  part les 5 communes qui ne sont pas venues.
Pour faire bouger les gars, comme ils n’aimaient pas se retrouver derriĂšre les barreaux, c’est vraiment une honte et une moquerie qu’il y en ait si peu parmi eux, justement un honnĂȘte gars qui a un cheval devrait en faire partie, car ils sont tellement bien Ă©quipĂ©s. Le trompette est de fait un homme calme avec un cheval calme, par contre il a une veste rouge et un plumet et une belle trompette, l’autre lĂ -bas n’a pas de plumet par contre il a une belle cravate sur la « Schibberre » comme un poing, l’autre a, c’est vrai, un petit coquelet on dirait une caille sur la « schibbĂ€rÀ » mais par contre il a un joli plumet.
Le 4e a un trÚs beau cheval mais sur le « SchibbÀrrÀ » un beau coq adulte de ce fait les gars ont ce qui leur manque à un endroit en double à un autre.
Le 23 dimanche matin 6H exercice pour lequel la moitié était absente.

Dimanche 28 octobre, l’aprĂšs-midi, revue du bataillon sur le prĂ© aux vaches de M. Laroche avec la musique de Hagenthal.

Ensuite on livra bataille Ă  Schönnenbuch qui se transforma en carnage et donna lieu Ă  des tĂȘtes ensanglantĂ©es.

Le 11 novembre, fĂȘte de la bĂ©nĂ©diction de l’église. L’aprĂšs-midi les bataillons du canton devaient se retrouver sur les prĂ©s le long de la route nationale Ă  HĂ©singue, mais il n’y en eut que 2 et cela n’était pas au complet. Sans Ă©gard pour le temps humide on retrouva bien sĂ»r sur des « chaises couvertes », messieurs le sous-prĂ©fet avec sa veste brodĂ©, Schulz cornet avec son uniforme mais sans son plumet, les maires avec leurs Ă©charpes, certains sans, d’autres avec « Chaises »
Monsieur le sous-prĂ©fet prĂ©senta plusieurs personnes comme monsieur Rist comme « Oberfeldscheerer – chirurgien en chef », Alexandre Freund et d’autres plutĂŽt Ă  des postes divers dans la garde nationale et demanda aux gardes nationaux de leur obĂ©ir, comme supĂ©rieurs nommĂ©s par le roi.
Emouvante, pour ceux qui en avaient envie, fut l’accolade que donna le sous-prĂ©fet aux supĂ©rieurs aprĂšs leur nomination.
Remarquable fut la magnifique musique de Saint-Louis et Huningue qui se montra tellement à son avantage que la musique de Hagenthal n‘osa pas jouer.

1833 #

Fin janvier une petite rĂ©volution. Le vicaire Huber a Ă©tĂ© dĂ©mis de sa fonction. Il a Ă©tĂ© hĂ©bergĂ© par dame Bouat qui a pris son rĂŽle trop Ă  cƓur pour lui permettre d’avoir de bons dĂ©buts. Un autre abbĂ© de Colmar lui fit suite. Par ailleurs la garde nationale parada comme d’habitude Ă  PĂąques, au jour du Roi, Ă  la FĂȘte-Dieu et Ă  la fĂȘte de juillet. En plus deux ou trois fois manƓuvres, sinon il n’y a pas eu d’exercices pour des raisons soupçonnĂ©es ; on a demandĂ© aux conseils municipaux une allocation pour les chevaux de la garde nationale qui serait sĂ»rement tombĂ©e dans la poche des chefs, mais elle a Ă©tĂ© refusĂ©e.

En Ă©tĂ©, un vol eut lieu dans la maison de la veuve Greder (de Jacques). Les auteurs furent Mathias Wertemberg et Joseph Starck. Le premier fut condamnĂ© selon ses propres aveux, l’autre comme fugitif.
En septembre une nouvelle petite rĂ©volution. L’instituteur et l’institutrice durent partir suite Ă  un vote du conseil municipal. L’instituteur, alors qu’il Ă©tait dĂ©jĂ  parti, a ordonnĂ© Ă  son cocher de dĂ©vaster un champ de trĂšfles de son successeur, qu’il dut remettre en Ă©tat par la suite.

La kilbe fut louĂ©e par le jeune Jacques Riedinger et cela lui aurai coĂ»tĂ© 80 F. Ce qui fut remarquable Ă  la kilbe c’est qu’à 7H du matin il n’y avait dĂ©jĂ  plus personne sur la piste de danse et cela Ă  cause de la police qui Ă©tait tatillonne. PrĂ©sents.

2Ăš Cahier #

1834 #

En janvier le temps fut si chaud que le colza fleurit ainsi que les premiers cerisiers. Des transporteurs de vin apportĂšrent des fleurs de pĂȘcher de la montagne. Par la suite il gela de nouveau et la floraison pĂ©rit.
Un dimanche, dĂ©but fĂ©vrier on rĂ©unit les gardes nationaux et monsieur Schmid le serrurier de « Webermarti », nommĂ© armurier ou forgeron des armes, comme on disait, par le prĂ©fet, fut prĂ©sentĂ© aux hommes par messieurs Girard et Meyer. AprĂšs l’inspection des armes, les armes sales lui furent remises. Monsieur Girard, le maire, Ă©crivit sur des feuillets les noms des gardes nationaux dont les armes n’étaient pas propres et les mit tous sous le couvercle du bassinet, avec l’annotation comme quoi le propriĂ©taire du fusil devait payer le prix du nettoyage au forgeron d’armes (Ă  savoir 40 sous le fusil) et que l’armurier avait le droit de rassembler les gardes nationaux selon son bon vouloir afin d’inspecter les armes.

DĂ©but mars Ă©rection d’un nouveau retranchement le long de l’église par François Joseph Naas membre du conseil municipal. Pour ce, il creusa un fossĂ© profond en amont du champ, sur les terrains d’autrui. Ceux-ci ne purent plus retourner leurs champs complĂštement. En aval du champ il dressa une palissade, quasiment infranchissable, avec des buissons Ă©pineux.
Serait-ce peut-ĂȘtre une mesure de prudence dans le cas oĂč HĂ©genheim devait se « rĂ©volter » pour y ramener l’ordre en partant du nouveau retranchement ?
Ou parce que nous nous trouvons à la frontiÚre, pour protéger le village ?
Car, comme il serait la personne la plus habile d’ici, selon un aveu, on pourrait facilement penser qu’il aurait un ordre secret du gouvernement : pendant ce temps il a rĂ©solu l’énigme lui-mĂȘme, cela ne sert qu’à dĂ©tourner le chemin de l’église, qui existe depuis des centaines d’annĂ©es, de sa raison d’ĂȘtre, en menaçant les personnes qui escaladeraient son fossĂ© de bastonnade et du juge de paix.

Il est Ă  remarquer que, lorsque François Joseph Naas fut questionnĂ© par son collĂšgue du conseil municipal, Monsieur Girard le dĂ©fendit sur un tel ton que tous les conseillers durent se taire, il semble qu’il pensait faire des choses analogues car il y a d’autres chemins qu’on devait fermer.

Donc des chemins utilisables devaient ĂȘtre fermĂ©s Ă  cause de minables conseillers vaniteux ! Mais dans le village il existe d’autres cas, lĂ  les chemins doivent ĂȘtre mesurĂ©s, par exemple la haie d’un membre connu de la Hohlegasse peut rester en place mais dans sa continuitĂ© elle doit ĂȘtre Ă©largie, et l’autre doit perdre environ 3 pas de sa propriĂ©tĂ©. Le baron von Barbier a depuis des temps lointains a le droit d’amener l’eau de la fontaine prĂšs de la mairie dans son jardin, cela doit cesser. Pour ce faire messieurs les « gouvernants », spĂ©cialement Zimberlin, Girard et Walter ont entamĂ© un procĂšs, financĂ© par la commune, contre le baron.
En avril de nouvelles proclamations concernant les troubles Ă  Paris et Ă  Lyon furent placardĂ©es dans lesquelles le prĂ©fet espĂšre et assure que ce seront les derniĂšres : l’expĂ©rience le montrera.

FĂȘte du roi #

Le 1er mai on dut se contenter de quelques coups de canons en provenance de Huningue. En dĂ©but de nuit, le 6, il y eut un claquement comme s’il y avait un valet de poste dans le salon de l’instituteur, suivirent 2 coups de fusil et durant la nuit on aurait dit qu’on lançait des chaises dans le salon, la sƓur institutrice l’entendit Ă©galement, puis cela arriva sur son lit et le cƓur de telle façon qu’elle crut Ă©touffer. L’instituteur et la sƓur entendaient dĂ©jĂ  depuis quelque temps beaucoup de vacarme et furent plusieurs fois inquiets, une nuit on frappa si fort au grenier chez les sƓurs qu’elles pensaient que tout devait ĂȘtre tombĂ© par terre et pourtant il n’y avait rien Ă  voir. Elles l’indiquĂšrent aux Ă©lus, mais ceux-ci ne voulurent pas le croire, le « bien » fut surveillĂ© Ă  l’intĂ©rieur et Ă  l’extĂ©rieur.

Le 8 mai, jour de l’Ascension, aprĂšs les vĂȘpres on nomma de nouveaux chefs, on devait Ă©lire Girard, le maire, comme capitaine.

Dans la nuit du 8 au 9 on monta de nouveau la garde, dans et autour de l’école sous le commandement de monsieur le maire. On picola, cria et on se disputa comme si enfin des esprits se jettaient dans la maison, ou mieux dans le salon. Le matin, on jeta sur ordre du maire, une vieille femme dans la riviĂšre (lĂ  le 2e capitaine, le vieux Schneider Simmeli, se mit en Ă©vidence).

Dimanche aprÚs-midi, le 11, monsieur Meyer fut de nouveau élu commandant et Jean Jaeck le jeune comme porte-drapeau.

Le 19, lundi de PentecĂŽte, le nouveau capitaine (en pardessus d’officier et avec chapeau) redistribua les fusils, il fit venir l’un aprĂšs l’autre Ă  la mairie pour leur prĂ©senter les tenues que les juifs avaient dĂ©posĂ©es, Ă©galement les fusils.
Pendant ce temps on ramassa des signatures parmi les gardes nationaux pour payer les nouveaux pantalons blancs de parade.

Le 1er juin, c’est-Ă -dire Ă  la fĂȘte-Dieu, grande ! grande ! parade avec les pantalons blancs sous le commandement du capitaine Girard.

Le 1er juillet nouvelle parade, comme ci-dessus. Pendant les vĂȘpres on picola chez Georges Walter. AprĂšs les vĂȘpres, alors qu’on allait en procession bĂ©nir une croix sur le chemin de BĂąle, on prĂ©senta monsieur Meyer, comme commandant, au bataillon. AprĂšs cela les gardes nationaux picoleurs aux pantalons blancs se rassemblĂšrent de nouveau Ă  l’auberge au Lion pour terminer le spectacle qu’ils avaient commencĂ©, en un mot on dansa et on sauta, Ă  la fin ils se sont encore battus, se sont tapĂ©s dessus avec les poings, ont maculĂ© le drapeau de boue, le capitaine Girard se battit aussi. Alors on l’appela le gros ventre affamĂ©. Et le couvre-feu fit qu’il ne se rĂ©veilla que le lendemain matin.

Le 3 aoĂ»t, 1er dimanche du mois, on parada dans l’église sous le commandement du sergent Jean Ulrich Schmit en honneur de la grande fĂȘte de la RĂ©volution de juillet.  Le lundi prĂ©cĂ©dent avait eu lieu une messe souvenir silencieuse. La fĂȘte joyeuse fut repoussĂ©e au dimanche Ă  cause de l’amour cordial du prĂ©fet pour les paysans, afin de ne pas les dĂ©ranger dans leur travail
Il faut remarquer que pour la 1re fois des personnes pauvres dans le besoin participĂšrent Ă  la parade. L’aprĂšs-midi on picola, puis on dansa jusqu’au milieu de la nuit. Une jeune fille y fut blessĂ©e au bras par un coup d’épĂ©e alors qu’on la raccompagnait Ă  la maison.
Le 2e dimanche de septembre eut lieu la kilbe. Les « Kilbeknaben » furent Jean Jaeck le jeune meunier, Jean Ortscheit, Jacques Koerber et son frĂšre Georges. Il y avait beaucoup de stands de marchands et de personnes ; vers minuit monsieur l’adjoint mit fin aux rĂ©jouissances ; monsieur le maire vint avec le marĂ©chal des logis des gendarmes et ils refirent la mĂȘme chose. Ces 2 derniers se disputĂšrent et se bousculĂšrent dans la rue parce que le gendarme voulait rĂ©cupĂ©rer de force la moitiĂ© de la location des stands et que le maire ne voulait pas permettre qu’il l’obtienne, on dit que le marĂ©chal des logis avait mĂȘme essayĂ© de faire une 2e quĂȘte mais celle-ci avait Ă©chouĂ©.

Le 3e dimanche on dansa de nouveau jusqu’à ce qu’ils s’arrĂȘtĂšrent.

Octobre #

A la demande de la commune la fĂȘte de la St RĂ©mi fut tenue le jour mĂȘme, sur ordre du maire grande parade Ă  l’église.

Au dĂ©but du mois un homme devait ĂȘtre enterrĂ©, 2 autres ne voulaient pas permettre qu’il soit enterrĂ© dans leur tombe et refermĂšrent la tombe durant la nuit. Le matin quand la procession funĂ©raire arriva au cimetiĂšre les mĂȘmes Ă©taient de nouveau en train d’ouvrir la tombe, il s’en suivit un Ă©change verbal que monsieur le curĂ© calma.  Pour Ă©viter un tel dĂ©sordre le conseil municipal et le conseil de fabrique dĂ©cidĂšrent qu’à l’avenir les enterrements se feraient l’un Ă  cĂŽtĂ© de l’autre comme le veut la loi. Jacques Jetzer fut nommĂ© en tant que fossoyeur.

Un dimanche aprĂšs-midi les conseillers municipaux procĂ©dĂšrent au tirage au sort car la moitiĂ© devait dĂ©missionner et ĂȘtre renouvelĂ©e. Monsieur Girard maire dĂ©missionna de sa propre volontĂ©.

Le 2e  dimanche de décembre on réélit les conseillers manquants, en grande partie les anciens, mis à part Girard et Antoine Spenlihauer remplacés par Joseph Bubendorf et Jacques Jaeger.

Monsieur le maire de Bourgfelden fit une demande au conseil municipal de ce lieu, donner une subvention de 3 cts par franc pour aider leur instituteur et amĂ©liorer leurs fontaines (alors que les citoyens d’ici devaient payer l’entretien des fontaines eux-mĂȘmes. Que se passa-t-il ? On le lui promit Ă  l’exception de 3 conseillers Jean Greder (Simmen), François Joseph Bubendorf et Joseph Riedlin.

Joyeuse nouvelle #

Le 20 janvier Jean Ulrich Frisch fut nommé maire et Jean Jaeck le meunier, adjoint.

Le 22, l’aprùs-midi, le tonnerre des canons remplit l’air.
Le soir, le vin, les estomacs des conseillers municipaux, gardes champĂȘtres et gardes de police, finalement la danse et la liesse la mairie si bien qu’on pouvait penser qu’on vivait Ă  l’ñge d’or.
D’abord les 2 Ă©lus durent prĂȘter serment devant les gens, pour apaiser les braises du patriotisme et la « chaleur due au remplissage des devoirs » les 2 nouveaux Ă©lus ont fait chercher de leur vin qui fit son effet habituel.

Le 22 monsieur le curé fut nommé à Carspach.

Le 29 procession de quelques conseillers, garde champĂȘtre et garde de police ainsi que du secrĂ©taire de mairie pour goĂ»ter le vin des conseillers. Le vin de l’annĂ©e fit de nouveau son effet.
L’aprĂšs-midi, monsieur le maire et monsieur l’adjoint sont honorĂ©s par un grand arbre de mai.

Le 25, aprĂšs les vĂȘpres, on dansa, on dansa Ă  l’auberge du berger on but, on avala 2 jambons et finalement on se disputa et on fuma sous la surveillance des deux Ă©lus qui payĂšrent le vin et les jambons aux poseurs des arbres de mai. Le couvre-feu vint, on ne sait d’oĂč, seulement le matin vers 
 vers 
 peut ĂȘtre Ă  2 heures.
Le 25 le nouveau curĂ© arriva, aprĂšs les vĂȘpres il fit savoir, qu’à son goĂ»t, il n’y avait pas assez de monde Ă  l’église et qu’il ne voulait pas venir : il est parti directement sans parler aux Ă©lus.

Le 11 l’ancien curĂ© partit. Presque tout le monde le regretta mis Ă  part l’instituteur RosĂ© et les « facteurs » qui montrĂšrent une certaine joie.
L’aprĂšs-midi du 12 arrivĂ©e du nouveau curĂ©.

Un dimanche dans la nuit vers minuit Jean Starck de Nicolas a Ă©tĂ© frappĂ© par Martin et Jacques Starck de telle maniĂšre qu’il en mourĂ»t le lendemain. 

RĂšgne sans courage ni force #

PremiĂšrement Le conseil municipal fut rassemblĂ© sur ordre du maire pour dĂ©cider si on devait poursuivre ou non le procĂšs avec Jean de Barbier. Comme on se demandait si on Ă©tait capable de payer les frais gĂ©nĂ©rĂ©s la plupart des conseillers dĂ©cidĂšrent de stopper le procĂšs mais deux ou trois voulurent poursuivre celui-ci. Lorsqu’on se sĂ©para les premiers se rendirent chez monsieur le maire, les derniers chez Georges Walter. Ceux-ci envoyĂšrent chercher l’huissier Vogelweid de Huningue pour lui faire signifier un acte Ă  l’encontre de monsieur de Barbier car c’était le dernier jour oĂč cela Ă©tait possible pour rester dans leurs droits. Lorsque l’huissier arriva il faisait nuit. Rapidement on dressa une signification chez monsieur Walter. Comme entre temps il Ă©tait 9H le maire envoya les gardes de police pour sonner le couvre-feu. AprĂšs cela messieurs Vogelweid, Zimberlin et Walter osĂšrent apporter la signification Ă  monsieur le baron. Walter attendit comme sentinelle prĂšs du portail.

DeuxiĂšmement il manquait deux feuilles dans les rapports. Monsieur le maire dit Ă  ce sujet que monsieur Girard a dĂ» les couper, lui n’étant au courant de rien. Alors que le maire et le conseil municipal Ă©taient rassemblĂ©s Ă  la mairie, Monsieur Girard entra avec 2 feuilles Ă  la main et se tournant vers le conseil municipal demanda s’il pouvait Ă©changer quelques mots avec monsieur le maire. Il reçut un oui comme rĂ©ponse. Se tournant vers monsieur le maire parce que vous ne savez pas oĂč sont passĂ©es les feuilles manquantes je vais vous le dire. Ici vous voyez c’est une facture adressĂ©e Ă  monsieur le maire qui m’est encore due, que sur sa demande de faire de sorte que sa femme n’en apprenne rien je les ai coupĂ©es. Ceci je vous le dis amis ne le dites pas Ă  sa femme.
En automne nous eûmes un autre abbé du nom de Rosé

Début décembre la femme de monsieur le maire décéda ce qui donna lieu à des disputes entre monsieur le curé et monsieur le maire. Cela prit une telle dimension que monsieur le maire en compagnie de monsieur Girard dénonça le curé.
Du procĂšs intentĂ© Ă  monsieur Barbier la commune ne gagna rien hormis le fait qu’elle dut 200frcs en frais de procĂšs Ă  monsieur le baron.

1836 #

DĂ©but de l’annĂ©e monsieur le curĂ© fut nommĂ© Ă  Blodelsheim mais monsieur Meyer Kintzinger ne voulut pas l’accepter. Il monta une pĂ©tition pour monsieur le curĂ© contre monsieur Girard et rien ne changea.

Le 1er mai jour de la fĂȘte du roi il y eut un combat dans la rue devant Georges Walter (comme autrefois lors des grandes fĂȘtes les combats de tournoi) entre monsieur Meyer Kintzinger et monsieur Schmidlin clerc du notaire Georges Walter- Monsieur Schmdlin frappa monsieur Meyer dans le visage. Ils se battirent, s’insultĂšrent. Georges Walter fut traitĂ© de voleur de granges. AprĂšs la fin du combat le maire, qui y avait Ă©galement assistĂ©, se tint au milieu de la rue et fit la dĂ©claration suivante aux deux joyeux combattants :
« C’est ceux-lĂ  nos citoyens, les messieurs de HĂ©genheim.
De sales gamins oui ce sont de sales gamins.

Alors il y eut une franche rigolade, seuls les 2 messieurs avaient disparu.

Garde Nationale vers 1830.

Crédits #

La traduction de l’allemand a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par Philippe Baumlin qui est restĂ© proche du texte d’origine


  1. Louis-Philippe dĂ©clare que le catholicisme n’est plus la religion d’État mais celle professĂ©e par la majoritĂ© des Français, reconnaissance claire de la place des minoritĂ©s. D’oĂč une forte adhĂ©sion des Juifs, Ă  l’instar des protestants page 377. Les Juifs de France sous la Monarchie de Juillet, Gilbert Roos, coll. « BibliothĂšque d’études juives », 2007, 434 p. ↩
  2. La garde nationale est une unitĂ© militaire rĂ©tablie en 1830  aprĂšs avoir Ă©tĂ© dissoute en 1827. Elle est placĂ©e, le 16 aoĂ»t 1830, sous la direction de La Fayette. ↩
  3. Le maire dĂ©mis Ă©tait Greder Jean. ↩
  4. Girard Jacques, nĂ© en 1794 dans le Territoire de Belfort. Notaire de 1819 Ă  1844. Voir note complĂšte dans le bulletin du cercle de 1997, les notaires de HĂ©genheim de 1807 Ă  1919 ↩
  5. Les paysans et basses classes du canton de BĂąle sont inspirĂ©s par la monarchie de juillet et dĂ©posent une pĂ©tition pour vaincre les inĂ©galitĂ©s. Une initiative est votĂ©e et acceptĂ©e, mais elle ne rĂ©tablit pas un nombre de conseillers proportionnel Ă  la population. Les campagnards vont de plus en plus contrariĂ©s, jusqu’à fin 1830, lors de la rĂ©ception de leur feuille d’impĂŽts. En effet, sur celle-ci n’apparaissent pas les baisses espĂ©rĂ©es, et les paysans organisent des rĂ©unions populaires. Le bĂąlois Stefan Gutzwiller, chef des campagnards, quitte la ville et s’installe un peu plus au sud, à Liestal. Avec le soutien de la majoritĂ© des communes des alentours, il y fonde un gouvernement provisoire composĂ© de 14 personnes. BĂąle rĂ©agit militairement et envoie des troupes, qui entrent Ă  Liestal le 16 janvier 1831. Le calme est rĂ©tabli dans la ville, mais les chefs opposants rĂ©ussissent Ă  s’enfuir. ↩
  6. NĂ© Ă  Ferrette, le 6 septembre 1797, il avait Ă©tĂ© nommĂ© huissier Ă  HĂ©genheim, le 26 mai 1824, puis juge de paix successivement Ă  Seltz en 1859 et Ă  Saint-Amarin en 1867. Lors de l’annexion, ce fidĂšle Alsacien ayant refusĂ© de continuer ses fonctions au titre allemand dut dĂ©missionner le 3 fĂ©vrier 1871 ; il mourut le 4 fĂ©vrier 1874. Nous avons publiĂ© une notice sur son fils Prosper Zimberlin dans un des bulletins du Cercle en 2008. ↩
  7. Du 4 au 7 Septembre, l’Ill fait nombreux dommages dans le Sundgau: les ponts Ă  Oberdorf, Carspach, Gentzingen, Waldighoffen sont dĂ©truits, plus de communications entre les villages, terres Ă  ensemencer en grain sont inondĂ©es, dĂ©gĂąts de digues Ă  Illfurth. Graves inondations Ă  Mulhouse. Importante crue du Rhin, plusieurs ruptures de digues sont signalĂ©es. Et Ă  HĂ©genheim 
crue du Lertzbach. ↩
  8. CurĂ© Ă  HĂ©genheim de 1832 Ă  1835 – Fut nommĂ© Ă  Carspach et y dĂ©cĂ©da en 1844. ↩
  9. Jacques RIEDINGER, nĂ© en 1779, Boulanger, Cabaretier (attestĂ© en 1831), Aubergiste (attestĂ© en 1835) ↩
  10. Louis Nicolas resta curĂ© de la paroisse de 1835 Ă  1858. ↩