La première église de Hégenheim est mentionnée en 1315 dans la revue Ecclésia qui mentionne son besoin d’être restauré. Il est ainsi probable que sa construction eut lieu au début du XIIe siècle au milieu de notre actuel cimetière.
On y retrouve la référence à Saint-Rémi dès ces premiers textes.
Saint-Rémi
Deux possibilités s’offrent à nous pour comprendre le choix du patronage de Saint-Rémi pour notre église.
En Alsace, Bienheureux[1] Rémi de Strasbourg ou Remigius († 20 mars 783), neveu de Sainte- Odile, sous le règne de Charlemagne est une option.
Orphelin, il a grandi dans l’abbaye de Munster en Alsace avant d’en devenir lui-même l’abbé. Il renonce à sa charge d’abbé en 768 pour fonder sa propre abbaye en 770 sur l’île d’Eschau, l’abbaye Sainte-Sophie d’Eschau. Il est évêque de Strasbourg en 776 et meurt à Strasbourg en 783.
Le plus souvent, les historiens évoquent Saint-Rémi (de Reims).

Saint-Rémi de Wettolsheim
Photo Yves Noto Campanella
Saint-Rémi est né vers 437 dans une riche famille gallo-romaine à Cerny-en-Laonnois, dans la région de Laon, sa mère était Sainte-Céline. Rémi a fait ses études à Reims et à 22 ans il y est élu évêque. Saint-Rémi est célèbre pour avoir baptisé à Reims vers 500 le roi des Francs Clovis, ce baptême fut un des événements clefs de l’histoire catholique puisqu’à partir d’Henri Ier en 1027, pratiquement tous les rois de France seront sacrés à Reims. Rémi fut l’un des plus proches conseillers de Clovis, il est mort vers 533 à l’âge de 96 ans.
On lui prête la christianisation des peuples de Gaule. À Hégenheim, une légende prétend qu’un lieu de culte existait à l’arrière du cimetière où coule encore de nos jours une source nommée « Remigibrunna » ou encore « Remigiusbrunnele » aux eaux censées guérir[2].
On demande à Saint-Rémi la guérison des maladies de gorge et des fièvres, la protection contre les morsures de serpents.
Ses attributs sont une ampoule d’huile portée par une colombe (qui symbolise l’Esprit-Saint), une crosse d’évêque et une mitre.
La référence à l’ampoule et la colombe provient de la légende suivante : tant de Francs furent baptisés après Clovis que l’huile vint à manquer. C’est alors qu’une colombe apporta une fiole qui ne se vida jamais entièrement et elle servait pour le sacre des rois de France à Reims.
De nombreuses paroisses sont dédiées en Alsace à Saint-Rémi, notamment Wettolsheim. Itterswiller, Obenheim ou encore Bretten
Saint-Pantaléon
Saint-Pantaléon de Dahlenheim
Photo Yves Noto Campanella
Pantaléon est né et a vécu à Nicomédie (aujourd’hui Izmit, en Turquie). Converti au christianisme il fit plusieurs miracles par l’invocation de Jésus.
Médecin de l’empereur romain Galère Maximien.
Le co-empereur Dioclétien persécute les chrétiens et le fait décapiter en 305.
Au cours du Moyen-Âge naquit une autre légende selon laquelle on aurait cloué ses mains posées sur sa tête.
Il est considéré comme un « Très Grand Martyr » par les orthodoxes qui l’appellent Panteleimon. C’est grâce à la distribution de ses reliques (après le VIIe siècle) que les paroisses puis les communes portent ce nom. On trouve de très nombreux lieux de culte à ce saint dans toute l’Europe et notamment en France dix communes portent son nom ou des dérivés de celui-ci : Pandelon, Pantaly, Plantaire.
Comme les saints Côme et Damien il appartient à la catégorie des saints « anargyres », les sans argent. Pour exercer son art, il n’attendait d’autre honoraire que l’amour de Dieu, raison pour laquelle le Christ vint le visiter dans sa prison et changea son nom en « Pantaleïmon », le miséricordieux.
Saint-Pantaléon était très populaire à Venise. « Pantalon » devint un personnage de la commedia dell’arte, homme mûr, avare, libidineux et beau parleur qui portait une culotte longue qui a pris le nom du personnage. C’est aussi l’origine du mot « pantalon ».
On demande à Saint-Pantaléon la guérison des maux de tête ou de dents, du strabisme ou de la tuberculose.
Ses attributs sont un pot d’onguents ou de remèdes.
Saint patron des médecins, chirurgiens, nourrices.
Les paroisses dédiées en Alsace à Saint-Pantaléon sont notamment Gueberschwihr, Munchhausen, Hindisheim, Dahlenheim.
À Hégenheim, Saint-Pantaléon fut replacé par Saint-Blaise après la peste et la famine vers la fin des années 1640. Le curé Schleber le sortit de l’oubli.
Saint-Blaise
Il naquit, vécut et mourut, dit-on, en Arménie.
Il était médecin quand il fut choisi comme évêque de Sébaste. Il fit d’une caverne du mont Argée sa résidence épiscopale et y guérissait aussi bien les hommes que les bêtes sauvages. Ce pour quoi il fut remarqué par le gouverneur de la Cappadoce qui avait besoin d’animaux sauvages qu’il devait livrer pour les jeux du cirque. Il fit arrêter Saint-Blaise et voulut le noyer dans un étang. Ce qui ne fut pas possible. Blaise marchait sur les eaux. Revenu sur la berge, il fut décapité.
Une autre histoire sur sa mort relate ceci : « Comme on le menait en prison, une mère mit à ses pieds son fils unique, qui était en train de mourir par étouffement d’une arête qu’il avait avalée, et l’enfant fut immédiatement guéri. Cependant, le gouverneur, incapable de faire renoncer Blaise à sa foi, le fit battre, fit déchirer sa chair avec des peignes en fer et le fit décapiter. »
D’après la Légende dorée, après que Blaise fut désigné comme évêque de Sébaste et pour échapper aux persécutions de Dioclétien, le saint gagna une caverne où il vécut en ermite. Assis à l’entrée d’une grotte, les oiseaux lui apportaient sa subsistance, et les animaux s’assemblaient autour de lui pour recevoir sa bénédiction ou pour être guéris lorsqu’ils étaient malades : on le voyait ainsi nourrir un renard, caresser la tête d’un lion ou d’une panthère.
Ainsi Saint-Blaise intercède dans les cas de maladies de gorge, surtout quand des arêtes s’y sont enfoncées. La première référence que nous avons de lui figure dans les écrits médicaux d’Aetius Amidenus, qui invoque d’ailleurs son aide dans le traitement des objets enfoncés dans la gorge. Au XIIIe siècle, Jean Beleth indique que Blaise est invoqué pour les maux de dents et pour les maladies des animaux.
Ses attributs sont les instruments de son martyre, les peignes en fer, les chandelles
Saint patron des agriculteurs, tailleurs de pierre, graveurs, cardeurs, travailleurs de laine, gardiens de bétail, cagots, joueurs d’un instrument de musique à vent
Les paroisses dédiées en Alsace à Saint-Blaise sont notamment dans le Sundgau: Bettendorf, Brunstatt, Illfurth, Magstatt-le-Bas, Mooslargue, Steinbrunn-le-Bas, Vieux-Ferrette, Wahleim, Tagsdorf, Bettlach.
A Hégenheim, Saint-Blaise a remplacé Saint- Pantaléon après la guerre de Trente Ans (1648) qui a vu le village ravagé et la famine et la peste emporter 157 personnes. À partir de ce moment-là, la fête de la Saint-Blaise fut commémorée avec la bénédiction des chevaux sur le parvis de l’église, le « Blasiritta »,
Un dicton dit en alsacien : « wer äm Bläsidaa sich Bläsle losst, bekummt s’gäanze Johr ken Hälsweh » soit « celui qui se fait bénir à la Saint-Blaise n’aura de toute l’année aucun mal de gorge ».
Quelques légendes sundgauviennes : À Brunstatt, on raconte que pendant la Révolution, un patriote aurait posté l’effigie de Saint-Blaise dans son étable en lui intimant : « Jetzt hüetsch dü mer mi Veh » (maintenant, à toi de me garder mon bétail). Les orages qui arrivent jusqu’à Brunstatt se divisent au-dessus de la Chapelle Burnkirch. À Tagsdorf, on racontait aux enfants qu’on cherchait les bébés dans la source de Saint-Blaise. C’est dans cette source que les forgerons y trempaient les fers destinés aux chevaux.
[1] Bienheureux ou bienheureuse est un titre conféré par l’Église catholique à une personne défunte au cours de la béatification en raison des actes qu’elle a accomplis au cours de sa vie ou d’un sacrifice. La béatification succède au « décret d’héroïcité des vertus » et précède la canonisation déclarant le défunt comme saint.
[2] M-T Fischer, Saints guérisseurs et protecteurs en Alsace ,2011, page 108
