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Poussières d’histoire 2021

9 min de lecture

Christophe Sanchez

Les dîners en famille ou entre amis étaient et sont toujours l’occasion de récits épiques qui au fil du temps deviennent souvent des légendes embellies et amplifiées. Voilà deux histoires courtes qui méritent de perdurer.
Pour continuer cette chronique, un récit sur mes souvenirs de plats faits par ma grand-mère. Comme pour beaucoup d’entre vous, la gastronomie alsacienne est un précieux héritage.  Puis les mots de Yiddish qui faisaient partie des mots alsaciens employés par ma grand-mère qui sûrement ne connaissait pas leurs origines.
Enfin, une petite anecdote historique sur Allschwil.   

L’accouchement et le champ de pommes de terre                                                                                                                À Elfriede 

Noël. Nous étions en famille avec de la parenté du Bas-Rhin. Comme toujours nous commencions à l’apéritif par les traditionnelles joutes sur nos différences de vocabulaire alsacien avant de comparer les différents cépages de vins blancs.
Je dois avouer que les Bas-Rhinois m’ont souvent surpris avec des rieslings secs et droits ou d’excellents sylvaners à des prix très raisonnables. On dit souvent que la prédominance de la religion protestante a dû influencer ces vignerons. 
Elfriede aimait participer à nos discussions et pendant le repas, elle nous conta les péripéties de son quatrième accouchement. Les parents de son mari avaient une exploitation agricole et fin août, il était temps de récolter les pommes de terre. 
Elfriede était dans les derniers jours de sa grossesse, mais comme tout un chacun, elle devait participer à cette récole. On lui avait donné comme tâche la conduite du tracteur. Dès le matin avec son mari et ses beaux-parents, rangées par rangées, les pommes de terre s’empilaient dans la remorque. Après des heures sur le tracteur et sûrement dûes aux secousses, Elfriede sentit les contractions venir.
Elle en fit part à sa belle-mère qui lui dit : continue de récolter, tu auras le temps d’accoucher après la récolte. Elfriede ainsi continua sur son tracteur la récolte, jusqu’au moment où les contractions étaient intenables. Elle laissa ainsi le tracteur dans le champ, dit à son mari : soit tu restes là à faire la récolte et je vais seule à l’hôpital, soit tu m’accompagnes maintenant. Son mari ne demanda pas son reste, se mit dans la voiture et Elfriede au volant alla à la clinique où une demi-heure plus tard elle accoucha d’un beau petit garçon.  

L’eau bénite 

                                                                                À Christine de Lutter 

Le Sundgau est une terre de superstitions et le récit suivant n’en est qu’une des nombreuses illustrations.
Le curé d’un des villages de notre Sundgau remarqua depuis quelque temps un besoin de remettre très souvent de l’eau bénite dans les deux bénitiers au fond de son église. Le nombre de paroissiens n’avait pas augmenté tout comme le nombre de messes qui accompagnaient les villageois de la naissance à la mort.

Il observa ainsi discrètement ses bénitiers. Après quelques jours, il aperçut une de ses paroissiennes remplir une bouteille d’eau bénite. Il s’approcha et demanda d’une voie posée : 

  • Bonjour madame Wurth, comment allez-vous,  avez-vous des soucis pour avoir besoin d’une bouteille d’eau bénite ?
  • Bonjour Monsieur le Curé, des soucis, non pas vraiment, j’utilise l’eau bénite pour protéger mon mari. 
  • À bon, vous le protégez comment ?
  • J’utilise l’eau bénite dans mon fer à repasser pour faire le col de ses chemises.
  • Et pourquoi ?
  • Pour que mon Alfred me reste fidèle et n’ait pas de tentation.

Le mystère fut ainsi résolu et notre curé s’assura que les bénitiers soient toujours remplis d’eau bénite. 

La mémoire du ventre  

À Mamama

J’ai toujours aimé manger. Mon embonpoint en est sûrement une des conséquences. Les repas du dimanche étaient souvent l’occasion de repas traditionnels sans parler des fêtes de Pâques, Noël…

Les pâtes maison

Je me rappelle des pâtes maison. Ses longs fils d’un beau jaune pâle qui séchaient pendant quelques jours pendus à des dossiers de chaises avant d’être dévorés avec un lapin ou un coq au Riesling. Ces pâtes étaient accompagnées de petits croûtons, vieux pain revenu à la poêle avec du beurre. Les pâtes se suffisaient à elles-mêmes. Lourdes et charnues, elles donnaient à chaque fourchette un sentiment de plénitude. Je n’ai mangé qu’une fois des pâtes comme celles de ma grand-mère chez mon ami cuisinier Martial. Il m’a transporté dans ma jeunesse et rappelé ces moments uniques.

Les schankalas ou cuissot de jeune fille 

C’est un beignet traditionnel de carnaval en forme de cuisse bien charnue.
Ma grand-mère en faisait plusieurs fois, car aussi vite faits aussi vite mangés.
Le kirsch les rendait légers. Elle les enroulait dans du sucre sans cannelle comme dans certaines recettes. Il aurait pu être mardi gras tous les jours… Je n’ai retrouvé que quelques fois des Schankalas dignes de mes souvenirs, au marché à Saint-Louis et de rares fois en boulangerie. Dommage.   

Bien sûr, je pourrais vous parler des tartes de Linz, des osso buco, des truites aux amandes ou autres vol-au-vent. Des plaisirs simples qui demandent souvent des heures en cuisine. Merci à tous nos cuisiniers et cuisinières de perpétuer ces bons moments et n’oublier pas de les transmettre à vos enfants.    

Les mots yiddish de ma grand-mère 

Du kaib : garnement ou encore mauvaise bête… Elle me disait cela quand j’avais fait une bétise… 
Schlamassel : échec, malheur, mauvaise affaire…
De Mumm : force, énergie.
Pleite : ruiné. 
Gaugner : Voleur.
De Kohldampf : Avoir faim.
Mickes : camelote, marchandise de peu de valeur.
De Knast : la prison.
Macshugge : fou.
Mascholle : détruit, maladie.
Mauschle : Marmonner ou tromper, falsifier.
Schmuse : s’embrasser. 

Je suis sûr que certains d’entre vous auront un sourire en voyant cette liste…sûrement beaucoup d’autres mots sont dans notre vocabulaire.

Rififi dans la paroisse d’Allschwil 

Avant de commencer mon récit, je tiens à définir l’un des courants du catholicisme  appelé Église vieille-catholique. 
Cette église ne reconnaît pas l’autorité du Pape ni celle de ses évêques.
Les prêtres ont depuis toujours le droit de se marier et d’avoir des enfants.
Le divorce est reconnu et n’a jamais été un motif d’excommunication.

Allschwil est un grand village où le vieux catholicisme a dès son début recruté un certain nombre de partisans. De fait, ils n’appartiennent plus à l’Église catholique romaine lorsque la paroisse fut appelée les premiers mois de l’ année 1877 à nommer son curé. Ces dissidents se rendirent en masse au scrutin pour voter
pour le curé Schmid en communion avec leurs idées.
Le gouvernement par décision du 21 avril 1877, le nomma vicaire de la paroisse et en chargea au besoin l’autorité de le mettre en possession de l’église et de la cure.Les catholiques romains adressèrent le 24 avril au gouvernement une requête en appel.
Le gouvernement dans sa séance du 13 juin rejeta cet appel et fixa au 23 juin l’entrée en fonctions du vicaire Schmid et chargea la commune d’exécuter sa décision.
Le 23 juin les catholiques romains votèrent à l’unanimité une protestation contre cet acte et ils désignèrent une commission pour la présenter au Conseil d’État. Cependant le 24 juin le curé Schmid  fit sa première messe.
La commune d’ Allschwil avait une population de 2 600 habitants et lors de cette première messe, il y avait au plus 130 à 200 hommes et 40 à 50 femmes et enfants venus la plupart de Bâle et des villes environnantes. 
Les catholiques romains d’ Allschwil assistaient pendant ce temps au service divin célébré par leur curé légitime M Wildi dans la chapelle du cimetière de Hégenheim trop petite pour les contenir tous. Hégenheim les recevait avec un accueil des plus sympathiques.
Le 29 juin, fête de saint Pierre et saint Paul, les catholiques d’Allschwil allèrent encore à Hégenheim pour y remplir leurs devoirs religieux .

Sur un télégramme adressé d’Arlesheim au commissaire de police de Saint-Louis, la célébration du culte dans la chapelle du cimetière ayant été interdite, les paroissiens d’Allschwil se rendirent à l’église paroissiale d’ Hégenheim.
L’église pouvait à peine les contenir tous. Il est à noter que durant la Saint-Pierre, le patron d’Allschwil, l’église de ce dernier village était presque complètement vide. 

Le 27 octobre 1878, les catholiques romains d’ Allschwil inaugurèrent une église temporaire sur le lieu-dit Hegenheimermattweg.  Cette église Saint-Pierre et Paul se trouve maintenant au 57 de la rue de Bâle. Le bâtiment moderne construit en 1966/ 67 est l’oeuvre de l’architecte Fritz Metzger.

Les catholiques chrétiens (Église vieille-catholique) restèrent dans la vieille église du village d’Allschwil.

Église catholique romaine                           Église catholique chrétienne