Christophe Sanchez

Raymond dans sa cuisine (photo France Bleu)
Voilà, après Paul voilà que Raymond nous quitte. J’ai eu beaucoup d’affection pour Paul et découvert Raymond sur le tard, sa passion de l’histoire et de son village. Il était très généreux pour certaines causes, et la sauvegarde de l’Alsace, de son dialecte, de son identité le préoccupaient. Il aimait à me montrer ses marqueteries de Spindler père et fils, les tableaux de l’église de Hégenheim qu’il avait pu sauvegarder, de Betschdorf ou encore des peintures sous verres dans la cuisine où il passait le plus de temps. Il aimait avoir de la visite et en profiter pour boire un petit verre de whisky. Mon fils Marc s’en souvient bien. A 11 ans, il a eu droit à son petit verre et à son premier état d’ébriété.
Il parlait peu de lui et je n’ai pas pu faire de biographie de son vivant malgré mon insistance (A vous lecteurs, je suis preneur de toute information, souvenir ou anecdote)
Il aimait me raconter des bribes de souvenirs de sa jeunesse dans le Langi gasse (rue longue haute) et de ma grand-mère proche voisine.
De religion, très peu. Il ne comprenait pas l’intégrisme des jeunes prêtres. Mais il était toujours prêt à dire une messe à Hégenheim ou dans son village d’adoption Buschwiller.
Walbourg, où il a été enseignant avait une place privilégiée dans son cœur et bien souvent une voiture immatriculée dans le Bas-Rhin était stationnée devant sa maison. Léonard Specht rencontré lors d’un stage de foot d’un de nos enfants, me demanda de passer le bonjour à Raymond en souvenir de ses années en temps qu’élève à Walbourg.
Dans sa bibliothèque léguée au cercle de Buschwiller et Hégenheim, nous avons également découvert un amateur de littérature, surtout allemande. Il entretenait d’ailleurs une correspondance nombreuse avec certains germanistes et faisait partie de quelques cercles littéraires. Raymond gardait tout, le moindre article ou brochure était annoté avec soin.
Malheureusement, nous n’avons trouvé que très peu de photos de sa vie ou d’articles retraçant son parcours de prêtre et d’enseignant.
Voilà Raymond, tu te doutais un jour que j’allais écrire ton in memoriam avec ton regard pétillant et malicieux. Tu m’as transmis tes lettres de guerre avec confiance pour que je partage tes années de guerre mais aussi ta foi qui t’animait.
Abr jetz hàni gnüe gredt, salu Heini !
Annexes
- Curriculum vitae lu par Joseph Sifferlen, au nom de l’évêché
Joseph Sifferlen, né en 1923 à Vieux-Thann, est chanoine émérite à Strasbourg ; il a été ordonné prêtre la même année que Raymond Heinimann (1950).
Monsieur l’abbé Raymond Heinimann, est né le 9 août 1923 à Hégenheim.
Il se trouve incorporé de force dans l’armée allemande entre le 14 janvier 1943 et le 14 juillet 1945. Dès le 1er septembre suivant, il rejoint le grand séminaire et la faculté de théologie.
Mgr Weber l’ordonne prêtre le 15 juillet 1950 en la cathédrale de Strasbourg. Appartenant à la « Grande Année », il profite de la possibilité qui lui est donnée de poursuivre des études d’allemand, tout en rendant des services d’aumônerie au collège de Matzenheim.
Le 1er septembre 1956, il peut ainsi inaugurer une longue carrière de professeur d’allemand au séminaire des jeunes de Walbourg, à une époque où le corps professoral est très majoritairement constitué de prêtres. En 1961, grâce à la loi Debré, il accède au statut de professeur sous contrat et enseigne la langue de Goethe à des générations d’élèves.
Il prend sa retraite scolaire en 1985 et, rejoignant son village natal, accepte de se mettre au service de la paroisse voisine de Buschwiller, comme prêtre coopérateur.
Il se retire totalement à la fin de l’année 1999, poursuivant des services bénévoles, célébrant ses 60 ans, puis ses 65 ans d’ordination.
En 2017, il doit cependant rejoindre l’EHPAD Blanche de Castille de Saint-Louis où il décède dans la nuit du 7 au 8 août 2019, à la veille de célébrer ses 96 ans.
- Hommage des représentants des conseils de fabrique de Hégenheim et Buschwiller
Huguette Naas :
En tant que membre du conseil de fabrique de Hégenheim, que pourrais-je rajouter à tout ce qui a déjà été dit et évoqué…
Comme de nombreux jeunes garçons de son époque, Raymond a été servant de messe, ici-même. Le planning des servants de messe était établi d’avance et devait être respecté. En ce temps-là, il y avait une messe à 6h et demie et une autre à 7h et quart, ce qui permettait aux écoliers d’être présents dans la cour de l’école à 8h moins le quart. Si par hasard, un servant de messe désigné avait oublié de se lever, le sacristain Georges Metzger, qui était en l’occurrence l’oncle de Raymond, n’hésitait pas à se déplacer à son domicile pour le sortir du lit.
Durant ses années de lycée, Raymond servait donc la messe de 6h30 avant d’enfourcher son vélo pour se rendre à Saint-Louis.
Malheureusement, comme la plupart de ses camarades de classe, il a été incorporé de force. Le curé de l’époque, Paul Herrbach, lui avait donné une adresse pour rejoindre un réseau d’évasion pour la Suisse (réseau dont faisait partie la sœur du curé Herrbach) ; en gare de Mulhouse, avant de prendre le train à destination de l’Allemagne, il décida de ne pas suivre ce conseil pour éviter à ses parents une déportation. Dans ses bagages, en plus, de ses effets personnels, il a juste emporté 2 ouvrages riches de signification, la Bible et les Fables de La Fontaine.
Au cours de ses années d’incorporation, il a entretenu une longue correspondance avec ses parents, correspondance qui a été relatée dans les deux derniers bulletins du CHHE (2017 et 2018).
A son retour, il a intégré le grand Séminaire de Strasbourg.
Comme les étudiants actuels, il a cherché un job de vacances et a ainsi, dans un premier temps travaillé à la ferme du père de Jeanne, Charles, Joseph et Antoine Morgen, ce qui lui a permis d’affirmer avec beaucoup d’humour qu’il a été un ancien ouvrier agricole, « ech be à Knecht g’se»…disait-il…
Un peu plus tard, il a travaillé comme aide-jardinier au Claraspital à Bâle. Il est vrai que, à l’issue de ses deux expériences, il n’en a pas gardé pour autant « la main-verte » !
Profitant des vacances scolaires en tant que professeur d’allemand au collège de Walbourg, il a été retenu par le Touring-club de Suisse pour assumer les offices religieux essentiellement pour les touristes à Grindelwald. Il a gardé de nombreux contacts avec des touristes allemands aisés, ce qui lui a permis d’organiser de nombreux échanges, à moindres frais, pour les collégiens de Walbourg.
D’ailleurs, sa parfaite maîtrise de la langue de Goethe a été unanimement reconnue.
Ces toutes dernières années, d’anciens touristes allemands, qu’il a connus à Grindelwald, sont encore venus lui rendre visite à son domicile.
Tous ces faits nous conduisent à penser qu’ils ont contribué à forger sa personnalité et son caractère, basés sur le contact humain et les bonnes relations à tous les niveaux.
Merci, Raymond, pour tout ce que tu as été, pour tout ce que tu as fait, pour tout ce que tu as donné et semé autour de toi.
– Roland Herrman :
Un passeur de foi, un homme généreux de cœur vient de nous quitter. Venant de St-Louis, je ne le connaissais que depuis 8 ans au moment de ma prise de fonction au sein du conseil de fabrique et au moment ou par manque de force, il officiait de moins en moins à Buschwiller. Mais on ne pouvait que sympathiser avec cet humaniste. C’est donc chez lui ou au Home Blanche de Castille que je rencontrais régulièrement Raymond.
“Kumm Liebe, màch da Kàschta uff , nìmm zwei Gläser un schank uns a whisky i, un sàg mìr, wie gots ìn dam Büschwill ?”
On parlait des nouveautés mais à chaque fois il insistait sur les liens existant à Buschwiller entre les paroissiens, la fabrique, les associations qu’il avait contribué à tisser « mìt dr Hìlf vom Marcel Schoenlé ».
« Büschwill ìsch a gross Dorf un soll a so bliba”
« Schàffet zamma, mìt da kleina, d Massdianer, mìt dr Irène wo Blüamafleurissement màcht, mìt da Chorale Sainte-Cécile, Fortuna, Perles, un d Müsik Liberté, un àlli ànderi Vereiner ».
Je l’imagine terminant son office en disant :
“Jetz hàni gnüe gredt, d Litt han Durscht, hät ebber noch wàs ze sàga ? Ìsch àlles OK ? sunscht gann m’r Gottes Saga”.
On a toujours apprécié ses pointes d’humour.
Un grand MERCI à toi « Heini » « un lab ìn Gottesfrìda »
- Hommages des maires de Hégenheim (et Buschwiller)
– Thomas Zeller :
Chère Famille,
Mesdames, Messieurs,
L’émotion est grande aujourd’hui en notre église. Nous sommes venus nombreux pour saluer une belle personne de notre village, de nos villages.
Permettez-moi de vous adresser au nom du conseil municipal, en mon nom personnel, nos plus sincères condoléances. J’associe à mes paroles nos anciens Maires, Raymond Gesser et Patricia Schillinger, qui m’a demandé de l’excuser en raison de ses congés, et j’ai une pensée aussi pour Bernard Herlin que j’aimerais y associer aussi, car je sais qu’il appréciait également beaucoup Raymond.
Raymond a été présent pendant de longues années dans notre paroisse.
Il était toujours là pour aider, j’ai surtout le souvenir des années avec le curé Paul Schleber.
Raymond répondait toujours présent pour le remplacer ou l’assister et toujours encore après son départ. J’ai souvent été son servant de messe et son unglaubiga Thomas comme il m’appelait affectueusement à chacune de nos rencontres.
On ne pouvait pas se séparer de lui sans avoir le sourire. Il transmettait sa joie à tout le monde. Son visage était toujours souriant, tolérant, apaisant et on avait envie d’aller vers lui, de lui parler et surtout de l’écouter.
Il y a un an nous étions nombreux aussi autour de lui pour partager un moment intense lors de la messe donnée à l’occasion de son 95e anniversaire. Il était toujours aussi joyeux, heureux et reconnaissant.
Raymond a accompagné un grand nombre de familles de Hégenheim : baptêmes, mariages, bénédictions, anniversaires, noces d’or. Nous garderons toutes et tous des souvenirs et des belles images de Raymond dans nos cœurs et dans nos esprits.
Raymond aimait les gens, aimait être parmi eux. D’un naturel si discret, si simple il ne pouvait inspirer que le respect, l’amitié, la reconnaissance et tant d’autres qualités encore.
Merci d’avoir été parmi nous, de nous avoir fait passer tant de bons moments et transmis ta joie.
Repose en paix, cher Oncle Raymond
- Hommage du Père Hubert Schmitt, vicaire général
Raymond Heinimann, homme et prêtre, éducateur et serviteur
J’ai été très heureux de pouvoir être présent à Hégenheim pour la célébration des funérailles du Père Raymond Heinimann.
Quel grand moment de l’Eglise nous avons pu vivre dans cette église de Hégenheim, remplie jusqu’au dernier rang. Les personnes étaient venues de près et de loin pour prier et pour rendre grâce à Dieu pour la vie de ce prêtre, pour remercier le Seigneur d’avoir pu rencontrer ce serviteur de l’Eglise.
Raymond Heinimann a traversé le siècle : enfant, puis jeune, jeune prêtre, professeur puis prêtre engagé en pastorale au service des communautés chrétiennes où il était venu s’établir au terme de sa vie de professeur.
Il a vécu au rythme des souffrances, des misères, mais aussi des espoirs et des attentes de ce siècle. Homme marqué par la guerre, il est devenu ce prêtre enseignant, bâtisseur, prêtre témoin. Dans le cœur des jeunes d’aujourd’hui, il a fait naître le désir de la paix et de la réconciliation.
Un siècle en mutations profondes : le Concile Vatican II qui a initié pour l’Eglise un chemin nouveau à la rencontre du monde, puis mai 68 qui a bouleversé et éveillé des questions nouvelles.
J’ai été très heureux de pouvoir exprimer un grand merci de la part de l’Eglise. Merci pour sa vie de prêtre, sa vie de professeur, sa vie de témoin de l’Évangile.
Annexe 2/ Hommages rendus au cours de la messe en souvenir de Raymond Heinimann le 19 janvier 2020 en l’église Saint-Martin de Buschwiller
- Hommage du Frère Jean-Claude Anheim résidant à Andlau
En tant que Frère de Matzenheim, confrère dans le sacerdoce de l’Abbé Heinimann Raymond et ayant passé toute mon enfance à Muespach dans le Sundgau, je suis un ami de notre cher défunt.
Après son ordination en 1950, l’Abbé Heinimann a été nommé aumônier du Collège Saint Joseph de Matzenheim Jusqu’en 1956. Je ne l’ai pas connu à cette époque puisque je ne suis venu à Matzenheim qu’à la rentrée scolaire du 1eroctobre 1956 à l’âge de 11 ans. Mais par la suite deux frères originaires du Sundgau également, m’en ont beaucoup parlé, surtout le Frère Georges, sacristain de la chapelle du Collège, originaire d’Obermorschwiller. Il y avait aussi le Frère Antoine de Burnhaupt. L’abbé Raymond m’a souvent rappelé ce qu’il disait sur le petit déjeuner servi aux aumôniers du Collège, dans son alsacien du Sundgau. « D’aumônier han nix ze klâga. Am morga han sie Butter un Confitür »
L’Abbé Raymond a étudié l’allemand à l’Université de Strasbourg où il se rendait en train pour suivre les cours. Comme aumônier il donnait des cours de religion, assurait les messes et les confessions et recevaient les élèves qui voulaient lui parler. Il y avait encore un autre prêtre l’Abbé Schneider, père Oblat comme aumônier du Collège.
J’ai eu un beau témoignage de mon confrère, Frère Claude actuellement à Madagascar, qui était élève du temps de l’Abbé Heinimann. Alors que je lui avais écrit le 11 avril 2018, que je visitais régulièrement l’Abbé Heinimann il me répondait en me demandant « de saluer l’Abbé de la part d’un de ces jeunes pénitents qui il y a 60 ans au collège a apprécié sa grande bonté! Il avait toujours la plus grande file d’élèves devant le confessionnal. »
Je l’ai connu personnellement par la suite dans le cadre des réunions de l’Enseignement Catholique. Une fois à la retraite, j’accompagnais souvent Raymond Kinder, son collègue professeur à Walbourg pour faire une visite.
Je profitais aussi de temps en temps de ce déplacement à Hégenheim pour visiter ma cousine, Mme Parisot, ancienne institutrice.
Pour moi, l’Abbé Heinimann était un vrai ami et aussi un modèle de prêtre dans les relations humaines qu’il savait tisser avec tout le monde.
- Hommage de Marcel Schœnle de Buschwiller
Lors de la cérémonie d’A-Dieu à l’Abbé Heinimann du 10 août dernier, la chorale Sainte-Cécile, la chorale Fortuna, la musique Liberté et le Conseil de Fabrique avaient retenu l’idée d’animer conjointement une messe en l’honneur de notre ami commun « Heini ».
C’est chose faite aujourd’hui. Roland Herrmann me demande en tant qu’ancien président du Conseil de Fabrique de vous adresser ces quelques mots :
L’Abbé Bernabel, curé de Buschwiller de 1981 à 1987, de santé fragile a demandé à l’époque à l’Abbé Heinimann, fraichement retraité, de venir l’aider, lui et les prêtres du secteur (Buschwiller,Wentzwiller, Folgensbourg et Knoeringue).
C’est ainsi que Raymond Heinimann a rapidement été très apprécié pour sa grande simplicité, son cœur énorme, insufflant la paix et la joie dans les villages où il officiait.
Il n’avait pas d’ordinateur mais était en contact avec beaucoup de gens. Il téléphonait ou accompagné d’Irène, rendait visite aux personnes malades ou dans la peine.
Il a toujours soutenu ou était membre d’honneur d’associations, et même parrain du nouveau drapeau de la musique. Il appréciait beaucoup le contact avec les enfants et tout particulièrement les servants de messe.
Homme de contact à l’écoute et respectueux de chacun, il connaissait beaucoup de familles, des parents aux enfants. Les valeurs qu’il a semées dans nos communautés fructifient encore aujourd’hui.
Nous voilà réunis pour honorer sa mémoire et lui rendre hommage au nom des associations et de tous les paroissiens.
Lorsqu’on lui rendait visite,, tant chez lui ou à la maison de retraite, il disait : « Màch d’Kàstadèra uff un breng d’Flascha whisky, mer drinke ein ufs Wohl vo Allè.
Jetz sin mir bim Elsasserditsch glandà wo ehm so stark àm Harz glaga isch. Wen ar jetz do wer dàt er sicher saga: Marcel, màch’s kurtz.
Drum im Name vum Herrmann Roland, präsidant vom Kircharod lad ich alli zum Drunk zur Ernerung an Raymond im Gmeidisall i. Dert chèna mer witeri Erinerunge vum Heini unter uns teila.
Le président du Conseil de Fabrique me demande d’inviter toute l’assemblée au verre du souvenir à la salle polyvalente où nous pourrons partager nos nombreux souvenirs de Raymond.
