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La libération de Hégenheim le 20 novembre 1944 par le 1er régiment de spahis algériens de reconnaissance

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                                                                                                                       Gérard Munch 

Le 1er régiment de spahis algériens de reconnaissance a été enlevé le 19 novembre au groupement Molle et mis à la disposition du général du Vigier qui l’emploie à couvrir son flanc sud. Le 20 à 4 heures du matin, il s’est engagé au-delà de Moernach [atteint la veille au soir par le groupement sud du commandant Dewatre], vers Ferrette et Huningue.

Il ne lui en a coûté que quelques bandes de mitrailleuses pour disperser les isolés et les garde-frontières rencontrés sur son chemin. La seule escarmouche notable a eu lieu à Oltingue.[1] Dès midi, il est devant Saint-Louis.[2]

A 12 h 40, le 4e escadron du 1er R.S.A.R. sous les ordres du capitaine Prouhet entrait dans la ville par Bourgfelden. 

Saint-Louis n’est défendu que par des éléments du Grenzschütz et un Alarm Bataillon mis sur pied à la hâte. Une partie de ses éléments se réfugient derrière le canal de Huningue, après avoir fait sauter les ponts, tandis qu’une autre franchit la frontière suisse à Bâle où elle est désarmée. La première automitrailleuse[3] qui s’approche du canal est détruite.

Dès lors, malgré des tentatives répétées, les blindés doivent s’avouer impuissants à franchir les derniers 1500 mètres qui les séparent encore du Rhin. La prise de Huningue et de Village-Neuf exigera infanterie et artillerie. Elle ne sera réalisée que le 30 novembre et ce seront les Marsouins du 6e R.I.C. qui réduiront cette ultime tête de pont nazie dans le sud de l’Alsace.

Durant cette période critique plusieurs milliers d’habitants de la région frontalière vont chercher refuge à Bâle où ils vont être hébergés dans les halles de la Foire suisse d’échantillons transformées en camps de réfugiés. Ils vont d’ailleurs y cohabiter malgré eux avec des soldats allemands qui sont également passés en Suisse, mais comme le note un journal de Bâle : « On n’a pas relevé de séparations visibles, mais il existe d’infranchissables fossés d’une autre nature. »

Beaucoup de réfugiés sont également recueillis chez des parents, des amis ou des familles bénévoles. Les vieillards de plus de soixante-dix ans sont hospitalisés dans un asile improvisé par la Croix-Rouge suisse. 

Ce n’est que le 18 janvier 1945 que le camp de réfugiés de la Foire d’échantillons ferme ses portes. Il aura abrité plus de 5 000 réfugiés du secteur frontalier. 

Entre-temps, la poche de Huningue est réduite. Grâce à l’arrivée des FFI de la brigade légère du Languedoc le 25 novembre (le futur 80e RI) commandée par le colonel Dacia, qui vient renforcer le 6e RIC et les 1554 FFI (dont plusieurs de Hégenheim) de la région frontalière, Huningue peut être attaqué le 30 novembre en début d’après-midi. Jugeant la position intenable, les Allemands profitent de la nuit pour passer sur la rive droite du Rhin. Le 1er décembre, Huningue est enfin libéré.[4]

Mais les échanges de tirs d’artillerie entre Français et Allemands vont se poursuivre tout au long du mois de décembre. C’était sans doute la nuit de la Saint-Sylvestre que les positions ennemies du Rosenberg à Hégenheim, et du rocher d’Istein se livrèrent un duel d’artillerie, durant de longues minutes.[5] Pendant cette période qui va de novembre 1944 jusqu’en mars 1945, des habitants de Village-Neuf ont été hébergés à Hégenheim.


[1] Dans la matinée du 20 novembre, le R.S.A.R., a libéré notamment les villages de Bouxwiller, Fislis, Oltingue, Wolschwiller, Biederthal, Lutter, Raedersdorf, Sondersdorf, Linsdorf, Bettlach, Hagenthal-le-Haut et le Bas, Hégenheim, Hésingue, Blotzheim. A Folgensbourg, il a été précédé par le R.I.C.M..

[2] Général de Lattre de Tassigny, Histoire de la Première Armée française, Rhin et Danube, Paris, 1949, p. 289.

[3] Le 1er R.S.A.R. était équipé de blindés légers sur roues (automitrailleuses) du type « Staghound Mark III » et « Greyhound M 8 », jeep, etc..

[4] V. Heyer, B. Burtschy, 1939-1945, Deuxième Guerre mondiale dans le Sundgau, Altkirch, 2003, p.128 et p. 155-161. E. Riedweg, La libération de Mulhouse et du sud de l’Alsace, 1994, p. 107-110.

[5] A. Spycher, « Une enfance bâloise en marge de la Seconde Guerre mondiale », in Hégenheim et environsBulletin d’histoire du piémont jurassien de Bâle à Lucelle, n° 7, 2003, p. 63-70.